La Fondation Folon accueille deux expositions temporaires exceptionnelles dans le cadre de ses échanges avec le Japon.
Je vous emmène les découvrir.
Je me suis rendu à la Fondation Folon, cette magnifique ferme nichée au sein du Domaine régional Solvay à La Hulpe, qui abrite les œuvres de l’artiste Jean-Michel Folon. À l’occasion des 160 ans d’amitié entre le Japon et la Belgique, la Fondation Folon accueille, en 2026 et 2027, deux expositions consacrées à des artistes majeurs du Japon : Kengo Kuma, architecte de renommée mondiale, et Jiro Taniguchi, célèbre mangaka. La poésie de leurs œuvres résonne avec celle de Folon… Je vous emmène découvrir cette belle alchimie.
Les 160 ans d’amitié entre la Belgique et le Japon
En 2026, la Belgique et le Japon célèbrent leurs 160 ans de relations diplomatiques et d’amitié. De nombreux échanges culturels ont lieu cette année entre les deux pays, et ces deux expositions en sont de magnifiques témoins.
Jean-Michel Folon lui-même entretenait un lien fort avec le Japon, qu’il a visité à de nombreuses reprises pendant plus de 30 ans. Ses œuvres y ont notamment été présentées lors de l’Exposition universelle d’Osaka en 2025. Cette année, c’est à La Hulpe que le dialogue se poursuit avec deux grands artistes japonais.
Poésie et délicatesse : un trait d’union entre les artistes
S’il y a bien deux mots qui définissent l’univers de Folon, ce sont la poésie et la délicatesse dont l’artiste faisait preuve dans ses réalisations. Ses curieux personnages aux traits doux semblent profiter du temps présent. Les couleurs pastel qu’il affectionnait et les thèmes qu’il défendait, comme la paix dans le monde, ont permis à ses œuvres emplies de poésie d’être reconnues le monde entier.
Le Japon partage cette sensibilité esthétique, et l’artiste y a sans doute puisé une part de son inspiration lors de ses nombreux voyages. Certains personnages de Folon évoquent d’ailleurs des figures du folklore japonais. On peut même y percevoir une parenté avec l’univers des films Ghibli avec cet air énigmatique qu’ils affichent, leurs silhouettes aux contours incertains et étrangement proportionnés, et des yeux qui, petits ou grands, occupent souvent une place essentielle.
Kengo Kuma et Jiro Taniguchi, chacun à leur manière, font également preuve de cette même douceur et poésie dans leurs œuvres : celles de l’un s’inscrivent dans le monde, celles de l’autre le décrivent.
Kengo Kuma. Architecture in dialogue
J’ai eu l’occasion de découvrir l’exposition dédiée à Kengo Kuma, présentée dans les salles temporaires de la Fondation Folon. Elle présente les principaux projets de l’architecte à travers le monde, qui ont tous en commun un fil conducteur fort : le lien entre architecture et nature.
Tantôt les bâtiments s’intègrent dans leur environnement grâce à leur forme ou à leurs matériaux, comme l’utilisation de roches locales ; tantôt ils imitent la nature, évoquant un arbre ou un nid d’oiseau. L’emploi et la mise en valeur du bois et des matériaux nobles constituent l’une des caractéristiques majeures de son œuvre.
Par souci d’esthétisme, il dissimule souvent les éléments techniques, moins harmonieux, comme les poutrelles en acier qui soutiennent les structures. Cela confère à ses bâtiments une impression de légèreté, de clarté et d’équilibre, où les formes peuvent pleinement s’exprimer.
Les maquettes et photographies proposées offrent une double lecture passionnante des projets. En observant d’abord les maquettes, on perçoit les détails structurels, on imagine la lumière et l’aspect final, presque comme si l’on était l’un des petits personnages qui les habitent. Les photographies, quant à elles, révèlent les bâtiments achevés et leur intégration dans leur environnement. J’ai d’ailleurs souvent été surpris par la différence avec ce que j’imaginais à partir des maquettes.
Parmi mes coups de cœur, certaines œuvres illustrent parfaitement les techniques de Kuma, comme le camp de base du mont Blanc à Chamonix, dont la façade et la toiture, réalisées en chêne brut non traité, font écho à la forêt environnante.
Le Yusuhara Wooden Bridge Museum, au Japon, mêle tradition et modernité en réinterprétant une technique ancienne de pont en porte-à-faux ainsi qu’une structure traditionnelle en bois appelée « tokyo ». Le pilier central évoque un arbre, un thème que l’on retrouve également dans la Coeda House, à Shizuoka, un bâtiment spectaculaire conçu comme un arbre et offrant une vue imprenable sur l’océan Pacifique.
Cette exposition m’a beaucoup intrigué et donne envie de découvrir ces bâtiments par soi-même. Ils dégagent une impression de calme et de sérénité typique de la culture japonaise.
📅 À découvrir jusqu’au 13 septembre à la Fondation Folon
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Jiro Taniguchi. Portrait lointain
L’exposition consacrée à Jiro Taniguchi, le célèbre mangaka, prendra le relais du 17 octobre 2026 au 14 février 2027.
Jiro Taniguchi est l’auteur de nombreux albums et a également collaboré sur plusieurs autres projets, tout en maintenant une grande constance dans la qualité de son dessin. Les thèmes de ses œuvres sont variés : on y retrouve de vastes paysages naturels, mais aussi des scènes typiquement japonaises.
Son style réaliste, influencé par les auteurs européens et la technique de la ligne claire, lui a valu un grand succès en Europe. Ses mangas sont particulièrement accessibles aux amateurs de bande dessinée et constituent une magnifique porte d’entrée vers la culture japonaise.
Ses histoires prennent le temps de s’installer, de faire vivre leurs personnages. Le rythme singulier de ses récits et la justesse des émotions qu’il transmet sont au cœur de son œuvre. Comme l’écrit le réalisateur belge Jaco Van Dormael dans la préface de l’édition intégrale de Quartier lointain en édition francophone de 2006 chez Casterman :
« (…) il nous livre une enfance que nous n’avons pas vécue et dont pourtant il nous rend nostalgiques. Il nous donne la plus belle impression qu’on puisse connaître en lisant : celle d’avoir vécu. »
J’ai moi-même découvert certaines de ses œuvres vers l’âge de 12-14 ans. À l’époque, je passais des heures à lire à la bibliothèque et je suis tombé sur plusieurs de ses mangas, que j’ai relus de nombreuses fois. Ses paysages et ses histoires me fascinaient : bien que tout soit dessiné, une grande place est laissée à l’imagination, et je vivais intensément les émotions des personnages auxquels je m’attachais.
Parmi ses œuvres qui m’ont marqué, j’ai eu un coup de cœur tout particulier pour « Le Sommet des Dieux », une adaptation du roman de Yumemakura Baku en manga par Jirô Taniguchi. C’est l’histoire de Fukamachi, 40 ans, photographe d’une équipe japonaise qui tente de gravir l’Everest en 1993. Il y rencontre Habu, un alpiniste mystérieux et déterminé, et décide de suivre son ascension folle. La beauté des paysages de montagne et la rudesse des ascensions m’ont marqué à l’époque et encore aujourd’hui. Dans un registre similaire, K, qui raconte un sauvetage en montagne, et Blanco, une histoire rappelant Croc-Blanc de Jack London, m’ont également beaucoup plu.
Mais l’œuvre de Jiro Taniguchi ne se limite pas à la montagne. Il explore aussi le Japon, notamment dans Quartier lointain avec l’histoire nostalgique d’Hiroshi, où un homme retourne mystérieusement dans le corps de ses 14 ans, mais aussi à l’Europe avec par exemple Les Gardiens du Louvre.
À travers ses récits, l’auteur invite à la contemplation, celle de la nature comme celle du quotidien. Il accorde une importance particulière aux moments simples, dont peuvent émerger des histoires profondes. Ses personnages, parfois légèrement en décalage avec le monde, font écho à ceux de Folon, qui semblent flotter dans une forme de rêverie.
Deux expositions japonaises à découvrir à la Fondation Folon
Entre architecture, manga et poésie, ces deux expositions offrent un véritable voyage entre Belgique et Japon, au cœur du Brabant wallon.
👉 Une belle idée de sortie culturelle à combiner avec une balade dans le Domaine régional Solvay
👉 Une expérience idéale pour les amateurs d’art, de nature et de découvertes inspirantes
J’ai personnellement très hâte de découvrir l’exposition de Jiro Taniguchi… et vous ? Cet article sera complété en octobre pour vous la présenter. D’ici là, n’hésitez pas à vous rendre en librairie ou en bibliothèque pour découvrir ces magnifiques œuvres.
Infos pratiques
Deux expositions à la Fondation Folon
- Kengo Kuma. Architecture in dialogue : jusqu'au 13 septembre 2026
- Jirō Taniguchi. Portrait lointain : du 17 octobre 2026 au 14 février 2027
Infos pratiques
Fondation Folon
Drève de la Ramée, 1
1310 La Hulpe
fondationfolon.be
Heures d'ouverture :
- Du mardi au vendredi : 9h - 17h
- Week-end et jours fériés : 10h - 18h
